La SABRETACHE

SOCIETE D'ETUDES D'HISTOIRE MILITAIRE

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Les Tirailleurs Marocains

1914-1918

Par le colonel CARLES, membre de La Sabretache.

Création :

Les Chasseurs indigènes à pied, qui seuls nous occupent ici, envoyèrent en France leurs cinq bataillons complets à quatre compagnies, sauf le 2e qui n’en avait que trois. Non seulement ces bataillons avaient un numérotage particulier qu’ils conservèrent quand on les groupa en régiments, mais encore leurs compagnies avaient une numérotation unique, de 1 à 19, discontinue dans les bataillons.

Débarqués en France à la mi-août 1914, les cinq bataillons prirent place le 25 août dans l’ordre de bataille, formant une brigade ainsi composée :

1er Régiment de chasseurs indigènes; lieutenant-colonel TOUCHARD, puis chef de bataillon AUROUX;

– 3e Bataillon chef de bataillon AUROUX, 1ère, 7e, 13e et 17e compagnies ;

– 4e Bataillon chef de bataillon FUMEY, 4e, 14e, 15e et 20e compagnies ;

– 5e Bataillon capitaine De RICHARD d’IVRY, 3e, 8e, 96 et 18e compagnies.

2e Régiment de chasseurs indigènes; chef de bataillon POEYMIRAU ;

– 1er Bataillon chef de bataillon PELLEGRIN, 11e, 12e, 16e et 19e compagnies

– 2e Bataillon chef de bataillon CLÉMENT, 2e, 5e et 6e compagnies.

Le commandement de cette brigade fut donné au colonel PELLE, puis au général DITTE. Un dépôt pour les Marocains fut établi à Arles.

A cette époque, la compagnie de chasseurs marocains comptait, en moyenne, 3 officiers français, 1 officier indigène algérien ou tunisien, 1 caïd mia, officier marocain non assimilé aux officiers français, 4 à 5 sous-officiers français, 2 sous-officiers indigènes, 2 à 4 moqqadems marocains (sergents), 5 à 6 caporaux français, 2 caporaux indigènes, 10 à 12 maouns marocains (caporaux) et environ 180 chasseurs marocains.

Affectée à la 6e Armée, la brigade de chasseurs indigènes fut engagée à fond dans les combats de Penchard-Monthyon où périt Charles PÉGUY. Sur 4000 combattants à la date de sa création, elle en comptait 800 valides le 17 septembre 1914.

La brigade fut dissoute le 23 septembre. Avec les survivants et les renforts venus d’Arles, on forma, le 26 octobre le Régiment de marche de chasseurs indigènes, dont l’ex-ler Régiment de marche forma le 1er bataillon ; l’ex-2e Régiment de marche, le 2e bataillon ; les renforts et les blessés récupérés, le 3e bataillon.

Les ex-4e et 5e Bataillons furent déclarés dissous.

Une décision du 25 décembre 1914 établit qu’à partir du 1er janvier 1915, le régiment s’appellerait Régiment de marche de Tirailleurs marocains (RMTM) ; ses bataillons conserveraient leur numéro particulier, mais perdraient leur autonomie administrative en entrant au régiment. Le lieutenant-colonel POEYMIRAU reçut le commandement du régiment.

Au Maroc, en 1915, on reconstitua les 4e et 5e Bataillons et on créa le 6e. Le 4e rejoignit en avril 1915 le RMTM porté ainsi à quatre bataillons. POEYMIRAU, grièvement blessé en mai 1915, fut remplacé par le lieutenant-colonel AUROUX.

Le 20 août, le régiment reçut son drapeau en présence du Président de la République et du Roi des Belges.

En 1916, on créa les 7e et 8e Bataillons au Maroc. La plupart des anciens tirailleurs de France arrivaient en fin de contrat et on procéda à des relèves. Les 5e et 6e Bataillons relevèrent le 3e et le 1er, puis le 7e releva le 2e. En août, le 4e rentra au Maroc sans être remplacé.

Le R.M.T.M. fut engagé à Verdun avec le lieutenant-colonel MAURICE, successeur d’AUROUX. A compter du 8 avril 1916, les 4e compagnies de tous les bataillons aux Armées furent transformées en compagnies de mitrailleuses.

Au printemps de 1917, le régiment fut affecté au 20e C.A., 153e division, sous les ordres du général PELLE, ancien chef des Troupes auxiliaires marocaines. Le lieutenant-colonel MAURICE, tué en avril, fut remplacé par le lieutenant-colonel CIMETIÈRE. Après sa brillante conduite au Chemin des Dames, le régiment obtint, avec sa troisième citation, la fourragère aux couleurs de la croix de guerre. Fin mai, le 8e Bataillon vint relever le 6e ; en octobre, le 3e remplaça le 5e et le 2e vint renforcer le régiment.

En mars 1918, six bataillons marocains se trouvaient en France et on créait au Maroc les 9e, 10e, 11e et 12°. On organisa alors deux régiments de marche :

– 1er R.M.T.M. : 3e, 7e et 8e Bataillons, lieutenant-colonel CIMETIÈRE ;

– 2e R.M.T.M. : 1er, 2e et 4e Bataillons et spécialistes du 262e R. I., lieutenant-colonel FLYE SAINTE MARIE.

Le 25 avril 1918, le 2e R.M.T.M. reçut son drapeau.

Le 1er R.M.T.M., engagé dans les grandes attaques de 1918, gagna deux nouvelles citations et la fourragère aux couleurs de la médaille militaire. Son 7e Bataillon fut remplacé par le 9e. Les 10e et 11e Bataillons furent envoyés au Groupe d’armées Est comme bataillons d’instruction.

Le 2° R.M.T.M. fut mis en ligne en avril 1918. Le 10 août, il obtenait sa première citation ; fin septembre, il était cité une seconde fois. L’armistice le trouva en Alsace, exsangue. Il devait recevoir en 1919 la fourragère aux couleurs de la croix de guerre.

La brillante conduite des tirailleurs marocains sur le front de France ne doit pas faire oublier que les bataillons du Maroc furent engagés, dès le second semestre de 1915, aux côtés des autres troupes chargées de tenir le protectorat.

A l’armistice, étaient en France le 1er R.M.T.M. (3e, 6e et 9e Bataillons), le 2e RMTM (1er, 2e et 4e Bataillons) et les 10e et 11e Bataillons d’instruction. Au Maroc se trouvaient les 5e, 7e, 8e et 12e Bataillons. Les deux RMTM furent rapatriés en mars et avril 1919, les deux bataillons d’instruction, en mai.