La SABRETACHE

SOCIETE D'ETUDES D'HISTOIRE MILITAIRE

Association reconnue d'utilité publique

Rechercher dans les archives de La Sabretache

Les Médailles Helvétiques de la Fidélité et de l’Honneur

Commissaire-colonel R. Stiot (extrait du Carnet n° 429/1966)

1 – La Médaille de la Fidélité et de l’Honneur du 10 août 1792

Par décision statutaire du 7 août 1817, la Diète de la Confédération Helvétique créa une Médaille d’Honneur destinée aux officiers et soldats du Régiment des Gardes-Suisses du Roi, survivants de la journée du 10 août 1792 où ils avaient combattu pour défendre Louis XVI et sa famille.

La décision statutaire du 7 août précisa que la médaille commémorative serait de fer bronzé et porterait d’un côté la croix de la Confédération avec ces mots  » Treue und Ehre  » (Fidélité et Honneur) et de l’autre cette simple date  » 10 August 1792 « .

Le modèle définitif fut une Médaille ronde en fer de 26 mm de diamètre enserrée dans une monture en argent qui supporte un anneau bélière; avec la monture qui est à deux plans, elle a 28 mm de diamètre; sur la tranche sont gravés les prénoms, noms et lieu de naissance des titulaires (lettres majuscules). La Médaille comporte à l’avers et au centre l’écu suisse dans sa forme ancienne à cordon d’encadrement et en exergue, dans les trois quart supérieurs du cercle, de gauche à droite la légende  » Treue und Ehre « ; au revers, dans une couronne formée de deux rameaux d’olivier liés ensemble, et sur trois lignes  » X/August/MDCCXCII « .

Le poids de la Médaille avec l’anneau est de 10, 4-10, 5 grammes.

La décision statutaire disposait que la Médaille serait suspendue à un ruban rouge et blanc et portée du côté du cœur. Cette règle ne fut pas exactement respectée et le ruban qui a en général 30 mm de large est rouge avec une lisière blanche de 2 mm sur chaque bord et une croix blanche au centre. On rencontre en général deux types de ruban qui sont tous deux rouge à lisière blanche mais comportant l’un une croix relativement petite et mince (15 mm de long et de haut environ et 3 mm de large) et l’autre avec une croix plus large et plus grande (26 mm de long et de haut et 8 mm de large) – (Musées de Neubourg et Fribourg – Collections Challande Bally; Dr Grunau; J. Rollet; Musée de la Légion d’Honneur, etc…). Les teintes du rouge vont du vermillon sombre au rouge cramoisi. Quoiqu’il en soit, la différence de largeur et de couleur des rubans et de grosseur de la croix permet de supposer qu’ils ne sont pas de la même époque, les derniers ayant été fabriqués un peu plus tard.

Le Régiment des Gardes-Suisses comprenait en principe, un effectif de :

– Etat-Major ……………………………. 70

– Officiers ………………………………. 77

– Sous-Officiers et Soldats ……..2.018

En 1787, le régiment avait été réduit en raison des difficultés de recrutement et le 8 août 1792, il comprenait un effectif d’environ 1.500 hommes répartis en un Etat-major, et quatre bataillons (le 1er bataillon rue Grange Batelière; le 2e à Rueil; les 3e et 4e à Courbevoie).

Les victimes de la journée du 10 août 1792 comprirent :

– 1.500 tués et 3.000 blessés parmi les assaillants;

– 2.400 Gardes nationaux, 950 Suisses, de nombreux volontaires royaux (dont 120 Officiers de l’ex-Garde Constitutionnelle et 200 fidèles à la royauté); des gendarmes et du personnel du Château (130 serviteurs), soit 4.500 personnes défendant les Tuileries avec 12 canons. Peu en réchappèrent.

En ce qui concerne les Suisses, 600 hommes et 15 Officiers furent massacrés aux Tuileries et 100 blessés environ furent emprisonnés; dans cette même journée, y compris ceux qui étaient dans les casernes, 150 furent emprisonnés aux Feuillants et 246 à l’Abbaye, au Châtelet et à la Conciergerie. Au total 876 Suisses dont 26 Officiers et 850 sous-Officiers et Soldats furent tués ou massacrés le 10 août et les 2 et 3 septembre.

Le lieutenant de l’ex-Garde Constitutionnelle Nicolas Laurent de Montarby (1769 + 1818) en prenant le Commandement d’un détachement de 30 Suisses privé de son chef, M. Saint-Venant de Forestier, sut les préserver de la folie sanguinaire de la foule et le lieutenant Coquet, de la Garde Nationale Parisienne qui nourrit 12 Suisses pendant trois semaines chez lui, sauva ces derniers du massacre, au péril de sa vie.

Enfin, 17 Officiers et 200 sous-Officiers et Soldats sortirent de Paris sous des déguisements et le nombre des rescapés du régiment (qui reçurent la Médaille) ne fut que de 389, dont 21 Officiers, sur un effectif d’environ 1.265.

– 400 Médailles environ furent fabriquées et ce nombre ressort d’une part de la liste des récipiendaires qui figure ci-après, soit 393 auquel il faut ajouter deux Médailles d’or attribuées à Nicolas Laurent de Montarby et au lieutenant Coquet, et celles sans attribution qui figurent dans les Services Officiels de la Confédération ou dans les Collections en Suisse.

Médailles avec anneau et ruban

– 1 au Musée Conservatoire de Berne (Collection Chalande)

– 1 au Musée Historique de Fribourg

– 1 au Musée Historique de Neubourg

– 1 Collection A. Bally-Herzog à Schônenverd

– 1 Collection Gustave Grunau à Berne.

Médailles sans ruban

– 1 Cabinet des Médailles à Berne

– 1 Archives de l’Etat à Lucerne

– 1 Médailler de Genève.

Exemplaires d’essai (épreuves) en argent – 26 mm.

– 1 M. le  » Fürsprecher  » Eugen Stettler à Berne

– 1 M. de Bûren de Diesbach à Berne

– 1 Dr Gustave Grunau à Berne.

Exemplaires d’essai (épreuves) en bronze – 26 mm.

– 1 M. Karl Temp Wyss à Berne

– 1 M. de Bùren de Diesbach à Berne

– 1 Dr Gustave Grunau à Berne.

Total = 14

Les titulaires de la Médaille commémorative la reçurent, accompagnée d’un diplôme, par l’intermédiaire du Chancelier de la Confédération; pour les titulaires résidant en France, elle leur fut remise par l’intermédiaire de Son Altesse Royale, le comte d’Artois, Colonel Général des Suisses et Grisons au service de Sa Majesté Louis XVIII. Ce diplôme en papier épais, au format de 650 x 500 mm, était obtenu par gravure sur cuivre et porte outre le texte trois dessins symboliques et la mention d’attribution.

Un arrêté du Corps Helvétique (1) en date du 2 avril 1818 accorda à MM. de Montarby et Coquet un acte de reconnaissance sur parchemin et une Médaille en or du poids de 12 ducats. La décision du 18 mars 1820 envisagea, du fait qu’ils n’étaient ni Suisses, ni attachés à un régiment suisse, de leur conférer seulement un témoignage de reconnaissance sur parchemin. Mais après avis pris les 21 et 27 mars 1818 (1) auprès du général de Gady, attaché à la Garde Suisse et chargé par le Gouvernement fédéral des enquêtes nécessaires, une décision en date du 13 mars 1820 (1) pria le Général de mettre à exécution l’arrêté du 2 avril 1818 et  » d’acquitter cette dette nationale « .

La Médaille attribuée à Nicolas Laurent de Montarby (2) est en or, de 27 mm. de diamètre et 4 mm. d’épaisseur; elle pèse environ 40 gr. et présente à l’avers et au revers les mêmes empreintes que celles en fer cerclées d’argent, avec sur la tranche le nom du donataire gravé  » Nas. LAURENT, Cte de MONTARBY « .

Cette Médaille qui est du modèle dit de souvenir ou d’exposition, sans anneau ni ruban fut remise à la Veuve de Nicolas Laurent de Montarby en novembre 1820; celle décernée à Coquet devait être semblable car si nous nous reportons à la lettre du 25 décembre 1820 adressée par le général de Gady au Maire et Conseil de Lucerne (1) pour rendre compte de sa mission, nous trouvons cette information assez précise :  » ainsi que deux Médailles en or et leurs diplômes pour MM. de Montarby et Coquet. M. de Montarby étant mort, j’ai remis le tout à sa Veuve « .

Acte de création de la Médaille de la Fidélité et de l’Honneur suisse à l’occasion de la journée du 10 août 1792

La Diète de la Confédération suisse, sur la proposition du canton directeur et d’après les intentions de tous les autres cantons, voulant consacrer le souvenir de la journée du 10 août 1792, dans une assemblée solennelle, s’est réunie, le 7 août 1817, afin d’honorer par un acte public, le courage que les Suisses ont montré dans cette journée. Par la mort glorieuse qui leur a été réservée en défendant le Roi de France, ils nous ont laissé un souvenir aussi douloureux que mémorable et le plus beau qui soit inscrit dans les fastes militaires de notre histoire moderne.

Et pour transmettre à la postérité ce grand exemple de fidélité à la foi jurée, exemple auquel ils n’ont pas failli davantage en 1815, et pour montrer aux confédérés que nous considérons le généreux sacrifice de la vie à son devoir comme la première qualité de l’honneur militaire, la Diète a résolu d’illustrer par une décoration particulière, tous les Officiers et Soldats survivants de ce grand drame.

En conséquence, ils recevront une décoration particulière, consistant en une Médaille de fer bronzé qui portera d’un côté l’empreinte de la croix de la confédération, avec ces mots  » Fidélité et Honneur  » et de l’autre cette simple date  » 10 Août 1792 « . Elle sera suspendue à un ruban rouge et blanc et portée du côté du cœur.

Le canton directeur est chargé de l’exécution du présent décret et de la distribution des Médailles. A cet effet, il réclamera l’intervention du Capitaine Colonel des cent Suisses pour les individus qui pourraient se trouver actuellement dans sa compagnie, et celle des différents cantons où sont domiciliés les Officiers ou les Gardes ayant droit à cette récompense.

Fait à Berne, le 7 août 1817.

L’Avoyer de la ville et République de Berne,

signé : WATENOYE.
Et au nom de la Diète réunie à cet effet :

Le Chancelier de la Confédération :

MOUSSON.

(1) Archives d’Etat de Fribourg

(2) Appartient au général de brigade aérienne de Montarby

Prochainement, la médaille de la Fidélité et de l’Honneur de 1815; un peu de patience …….