La SABRETACHE

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Le général Lanabère – 1770-1812

 » C’était un grand, brave, superbe soldat…

 » Le baron Lanabère, plébéien héroïque, tué à l’ennemi est

le type accompli de l’officier de la Garde.  »

Commandant Lachouque

Jean-Pierre Lanabère naquit à Salies-de-Béarn le 24 décembre 1770, baptisé le 24 mai 1772 à Caresse, fils de Jean, alors avocat au parlement de Navarre âgé à peine de vingt-deux ans, et de Marie Lafforgue… Cette dernière mourut presque aussitôt et Jean-Pierre fut placé en nourrice.

Son père se maria beaucoup plus tard avec une demoiselle Bouhaben qui s’occupa avec tant de sollicitude de Jean-Pierre que le grand soldat lui manifesta toujours une affectueuse reconnaissance.

Il n’avait pas vingt et un ans lorsqu’il s’engagea dans la Garde nationale des Basses-Pyrénées (1ère levée de 169 bataillons de volontaires pour la défense des frontières – décrets des 11 et 13 juin 1791 – loi du 15 juin promulguée par le roi). Les engagements étaient reçus dans une maison de la Place d’armes à Orthez. Jean-Pierre, voulant à tout prix que son nom figurât en tête de la liste des volontaires pour la Garde nationale, eut la constance, la veille du jour où cette liste devait s’ouvrir, de passer toute la nuit sur la place pour être sûr de n’être pas devancé par quiconque. Mais, au moment où la porte lui est ouverte et où il va joyeusement s’inscrire, il voit un autre nom sur le papier, celui du futur général Lalanne* qui, dès la veille, a obtenu une inscription de faveur.

Élu sous-lieutenant le 17 octobre 1791, au 3e bataillon de volontaires des Basses-Pyrénées, il est promu adjudant-major capitaine à Saint-Jean-de-Luz le 24 mars 1792 et à la 10e demi-brigade des Basses-Pyrénées.

En mai 1793, il commande une compagnie de chasseurs dans l’armée du Midi. Le 7 août, alors qu’il commande les avant-postes du camp de Curutchamendy, près de Saint-Jean-Pied-de-Port, il reçoit l’ordre de se porter du côté d’Arneguy, avec cent hommes, pour y opérer une diversion. Il reconnaît que les Espagnols sont établis au sommet de la montagne d’Irelepo et qu’ils y ont construit une redoute. Prenant aussitôt ses dispositions il gravit la montagne et, malgré les obstacles et le feu de l’ennemi, il attaque avec impétuosité, saute un des premiers dans le retranchement et fait prisonnier le commandant espagnol.

Les adversaires qui parvinrent à échapper aux chasseurs se réfugièrent dans un autre ouvrage mais ils en furent chassés également par le capitaine Lanabère qui fit détruire les positions ennemies.

Cet exploit fut consigné dans les journaux de l’époque et rendu public à Orthez par une proclamation du maire qui fut lue au peuple rassemblé autour de l’Autel de la Patrie ; de plus, il fut porté à l’ordre du jour de l’armée des Pyrénées-Orientales.

Capitaine adjudant-major le 29 avril 1794, il passe lors de la suppression des chasseurs volontaires des Basses-Pyrénées à la 134e demi-brigade de bataille le 21 mars 1795. Avec l’armée de l’Ouest, il participe à la répression de la révolte vendéenne en septembre 1795. Affecté à la 70e demi-brigade de, ligne le 6 novembre 1796, il restera près de trois ans dans la région de La Rochelle, Niort et l’île de Ré. Aucun renseignement sur son activité entre 1797 et 1798 n’a pu être recueilli.

En 1799, il combat les Autrichiens en Italie, employé à l’armée de réserve, division Chabran ; il se signale sur le Tessin, à Turbigo le 31 mai 1800, à Marengo le 14 juin où il a un cheval tué sous lui. Chef de bataillon à titre provisoire, le 19 juillet 1800, il sera confirmé dans ce grade par arrêté des Consuls le 8 février 1801.

Bonaparte n’étant pas satisfait de la façon dont on racontait la bataille de Marengo avait chargé plusieurs officiers supérieurs de lui faire un rapport sur les divers épisodes de ce combat.

Le chef de bataillon Lanabère fut envoyé à Paris pour rédiger un rapport sur les événements survenus le 25 prairial an VIII, concernant la reprise du village de Castelcerisole et à laquelle il avait pris une part importante.

Envoyé au camp de Brest de 1803 à 1805, embarqué sur la flotte de Belle-Isle, il est remarqué par Moncey qui le décrit comme  » étant de belle présentation et de plus ayant des talents militaires et administratifs, une intelligence peu commune et des mœurs régulières « . Le 30 janvier 1804, Lanabère, chef de bataillon au 70e régiment d’infanterie, écrit au général Berthier, ministre de la Guerre :  » Les preuves de bonté que vous m’avez données dans la mission honorable que je viens de remplir auprès de vous me font prendre la liberté de vous adresser l’état de mes services et de vous prier de m’appeler à un emploi de Major, si vous pensez que dans ce nouveau grade je pense remplir vos vues et celles du Gouvernement.  »

II combat à Ulm le 20 octobre 1805, puis à Austerlitz le 2 décembre 1805.

L’Empereur le fait entrer avec son grade dans la Garde impériale lors de sa réorganisation comme chef de bataillon aux chasseurs à pied de la Garde le 1er mai 1806.

Par décret du 19 octobre 1806, l’Empereur ayant créé un régiment de fusiliers de la Garde à deux bataillons de quatre compagnies chacun, les cadres des deux bataillons des grenadiers et chasseurs Vélites formeront ceux d’un régiment dénommé  » Fusiliers de la Garde impériale « . Son effectif est de 1200 hommes, non compris les sous-officiers, caporaux et tambours. Les hommes seront recrutés dans les compagnies de réserve des départements parmi ceux ayant cinq pieds et deux pouces et envoyés aussitôt à Paris. Après une année entière de campagne avec la Garde, ils pourront être admis dans ses différents corps.

Le règlement est affecté aux chasseurs, les fusiliers sont habillés comme eux, mais ils seront coiffés du shako. Le régiment coûtera 762 770 F. Le 20, les cadres sont constitués et pris parmi ceux des chasseurs :

– Boyer de Reveval : major,

– Lanabère, Bellaton : chefs de bataillon,

– Maugras : chirurgien-major,

– Rosey, Suisse, Beurmann, Labusquette, Julien : lieutenants en premier sont nommés capitaines. Quelques officiers sont appelés à la ligne comme Schramm, un ancien d’Egypte qui prit un canon à Wertingen, Bissou, etc.

Avec ce régiment, il participe aux batailles d’Iena, d’EyIau, de Friedland. Colonel-major du 1er régiment de fusiliers chasseurs de la Garde le 12 mars 1808. Chevalier de l’Empire le 10 septembre 1808. Après avoir figuré parmi les premiers chevaliers de la Légion d’honneur, Jean-Pierre Lanabère est promu officier de la Légion d’honneur le 4 septembre 1808. Et c’est l’Espagne, où pénètrent l’Empereur et la Garde. Les fusiliers de Lanabère sont de l’avant-garde sous les ordres de Savary à Somo-Sierra le 29 novembre 1808, puis Guadalajarra, Santa Cruz et Madrid le 2 décembre.

Au printemps de 1809, les troupes françaises sont ramenées en France en raison des événements d’Autriche.

S’ouvre la campagne d’Autriche. A Essiing, la jeune Garde, pour son baptême du feu, perd le quart de son effectif, Lanabère est blessé d’un coup de feu qui lui fracasse le bras droit, le 22 mai 1809. Il est fait baron d’Empire le 4 juin 1809 et commandeur de la Légion d’honneur le 6 juin 1910.

Au mois de septembre 1810, l’armée du prince d’Essling étant en mauvaise posture devant Wellington, l’Empereur donne l’ordre aux fusiliers de la Garde (qui, comme chacun sait, viennent immédiatement après les  » vieux de la vieille « ) de partir pour l’Espagne. Lanabère est nommé adjudant-général de la Garde impériale (chasseurs à pied) avec rang de général de brigade le 21 juillet 1811.

Dans cette promotion se trouvent : aux grenadiers, le baron Boyeldieu, colonel au 4e de ligne, ancien d’Egypte, passé en 1806 chef de bataillon aux grenadiers à pied. Taillé de quatre blessures graves…

Le baron Rottembourg, colonel au 108e de ligne, chef de bataillon aux chasseurs en 1806, blessé à Wagram en tête de son régiment.

Le baron Berthezene, colonel au 10e léger, sergent au siège de Toulon, chef de bataillon en 1800, blessé à Eckmuhl et Wagram.

Aux chasseurs, le major Mouton-Duvernet du 4° voltigeurs et Boyer de Rebeval, général de Brigade au 3e corps, organisateur du 1er régiment de fusiliers.

Puis, c’est la 6e coalition, la guerre de Pologne où Lanabère est commandant de la 2e brigade de la 2e division de la Garde, la 1ère division étant commandée par le général Delaborde. La 2e division de Jeune Garde est commandée par le général Roguet, dont la 1ère brigade (1er voltigeurs et tirailleurs) est commandée par le général Boyeldieu et la 2e brigade (fusiliers et flanqueurs) par le général Lanabère. La traversée du Niémen le 25 juin 1812 avec la Veille Garde à la suite des corps d’Oudinot et de Ney, puis Wilna où le 8 juillet l’Empereur passe en revue toute la Garde impériale.

La division Roguet, la meilleure de l’Armée, est là. Les fusiliers, âgés de vingt-cinq à trente ans, sont vigoureux, solidement instruits, de bonne éducation, strictement disciplinés, encadrés d’officiers de mérite et d’avenir ; ils viennent de faire en Espagne deux ans de campagne très dure de Burgos à Wilna, ils n’ont laissé en arrière que soixante-trois hommes. L’empereur les félicite, les soigne, les récompense, les aime et se met à leur tête pour traverser la ville. Comment douter que, sur un geste de lui, des généraux aux tambours, on se fera tuer jusqu’au dernier…  » Ménagez-les bien  » dit l’Empereur à l’intrépide général Roguet…

Le 31 juillet, la Garde pénètre à Wiltepsk, l’ennemi bat toujours en retraite.

Elle repart le 11 août, le 17 Smolensk et l’on marche vers Moscou. Le 5 septembre Murât rend compte que l’ennemi fait front devant Moscou à Borodino. Le 7, la bataille se déclenche ; au centre dans la fournaise, le général Morand, blessé à l’attaque de la grande redoute, est remplacé par Lanabère qui à la tête des 9e, 16e et 30e de ligne s’élance sur les parapets. Le capitaine François du 30e de ligne raconte :  » Les canonniers russes nous accueillirent à coups d’écouvillons et de refouloir, nous nous battîmes au corps à corps.  »

Tandis que Caulincourt remplaçant Montbrun qui vient d’être tué entraîne ses cuirassiers et enlève l’ouvrage, Lanabère est mortellement atteint, blessé au ventre par un boulet russe, il mourra à Mojaisk le 16 septembre après avoir horriblement souffert…

La légende dit qu’après la bataille, il gisait inanimé sur les parapets de la redoute et l’Empereur parcourant les lieux des combats l’aperçut, il aurait ordonné que les insignes du grade du général de division soient placés sur sa poitrine. Napoléon l’avait distingué et le destinait à une haute fortune militaire, il aurait ainsi voulu par ce geste lui rendre honneur.

Selon la coutume, ses effets personnels, ses chevaux, furent vendus à l’encan au Kremlin.

Il fut inhumé à Mojaïsk où il repose encore.

Son nom est gravé dans la pierre du pilier Est de l’Arc de Triomphe avec les trois cent quatre-vingt-six généraux tués à l’ennemi, et inscrit sur les tables de bronze de la galerie des batailles à Versailles.

Et à Salies-de-Béarn, son nom se perpétue sur un boulevard.

Il était célibataire, il ne laissa qu’un héritage de quatorze mille francs et un titre de pension qui s’éteignit avec lui.

J.J. Darse

BIBLIOGRAPHIE

– Numéro spécial de La Sabretache, 1979,  » Gardes nationales « .

– Six généraux de l’Empire, T. II.

– Bulletin de /a Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, 1963, article de M. Saint-Macary.

– Planche de M. Rousselot n° 101 – Les uniformes du régiment de fusiliers de la Garde impériale.