La SABRETACHE

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La Richa ou Chêa El Mohammediah (Algérie – 1835)

Par le Commissaire-Colonel R. STIOT (extrait du Carnet n° 434).

CRÉATION ET ATTRIBUTION :

Au moment où la France reconnut le gouvernement d’Abd-el-Kader sur la région d’Oran (Traité Desmichels, 26 février 1834), l’émir institua la Richa (la plume) ou chêa el Mohammédiah (décoration de Mahomet), pour créer l’émulation dans son armée.

Tous ses soldats et partisans pouvaient y prétendre et celui qui en était décoré recevait une haute paye et était traité avec les plus grands égards par ses supérieurs, mais elle ne pouvait être accordée que pour une action d’éclat ou pour un grand service rendu soit à la religion, soit au pays.

CLASSES ET PORT DE LA DÉCORATION :

Cette décoration comportait quatre grades correspondant aux grades de l’Armée de l’Emir :

– Agha (ou chef de la Cavalerie ou de l’Infanterie);

– Raïs el Asker el Mohamedi (correspondant à chef de Bataillon) ;

– Seïaf el Asker (capitaine) ;

– Kahia (lieutenant) et Reïs el Saf (chef de rangée : 33 hommes).

La Richa était portée au Turban, retenue par une languette verticale et deux chaînettes latérales avec crochets.

DESCRIPTION :

La décoration est une plaque de métal, ovale et en or pour les deux premiers grades (agha et Raïs el Asker el Mohamedi,ronde et en argent pour les deux autres, qui comporte, suivant le grade, 7, 6, 5 ou 3 plumes stylisées, en souvenir des plumes d’autruche que portaient au turban les guerriers de Mahomet qui avaient fait preuve d’une bravoure particulière.

Richa du grade de Seïaf el Asker (capitaine) :

Décoration uniface en argent, comportant une calotte sphérique de 29 mm de diamètre, portant au centre sur une ligne horizontale en caractères arabes  » NASHR ED DIN  » (qui fait triompher la religion) ; à la partie supérieure, soudée à l’intérieur de la calotte, se dresse un faisceau de cinq plumes stylisées, la plume médiane ayant 49 mm de long et dépassant de 45 mm la face de la calotte; au point de raccordement est fixée une tige verticale en forme de broche de 41 mm de longueur. Aux extrémités de l’axe horizontal de la calotte est percé un trou dans lequel vient se fixer une chaînette en argent terminée par un crochet, de 30 mm de longueur.

NOTES COMPLÉMENTAIRES :

Abd-el-Kader, né près de Mascara vers 1807 (mort à Damas en 1883) fut notre allié de 1834 à 1839 et, après la conclusion du traité Desmichels (général commandant à Oran) en 1834, qui lui reconnaissait la souveraineté sur la région d’Oran avec Mascara comme capitale, il commença à mettre sur pied son armée régulière pour lui permettre de lutter contre ses rivaux. Dans cette œuvre il fut aidé par les Français eux-mêmes et plus particulièrement par un ancien mameluk de Napoléon, le commandant Abdallah d’Osbonne qui était Consul de France à Mascara.

C’est grâce à cette armée régulière qu’il pût reprendre la lutte contre les Français de 1839 à 1847, date de sa reddition; cette armée était forte de 8000 hommes d’infanterie, 2 000 de cavalerie et 240 artilleurs, qu’il répartit à chacun de ses huit Khalifats.

Léon Roches qui fut secrétaire de l’émir alors qu’il était notre allié, de 1834 à 1839, fut décoré de la Richa.

Il existe dans une collection privée (H. COURROY), une décoration identique qui ne comporte que trois plumes (grade de Kahia et de Reïs el Saf).

Avers

Envers

BIBLIOGRAPHIE – SOURCES :

Trente-deux années à travers l’Islam, par Léon ROCHES.

La Légion Etrangère, octobre-novembre 1938 :  » L’Emir Abd el Kader et son armée, par Jean BRUNON.