La SABRETACHE

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JAPON-MANDCHOUKOUO contre URSS-MONGOLIE EXTERIEURE

129 jours d’un conflit méconnu en Extrême-Orient

11 mai-16 septembre 1939, Khalkin Gol (Nomon Han)

Par le Dr. J. Renault (extrait du Carnet n° 137).

Le cadre historique de l’affrontement russo-japonais

Le déclin de l’empire chinois, au XIXe siècle, fit le jeu des expansionnismes occidentaux, russes et japonais et provoqua le choc de ces deux derniers, les Russes s’étendant vers l’Asie centrale et orientale d’Ouest en Est, les Japonais en sens inverse.

Les Japonais, pour des raisons stratégiques, recherchaient un glacis protecteur – le Japon est à moins de 250 km du continent -, également pour des raisons démographiques et, surtout après 1925, économiques – richesses agricoles et minières, ouverture de nouveaux marchés compensant la fermeture des précédents. Pour l’armée rouge, ce fut son premier engagement massif extérieur depuis les années 20.

Un très bref historique éclaire le sujet.

– 1845, la Chine est gouvernée par la dynastie mandchoue. Tout commence cette année là avec la guerre de l’opium déclarée par les Anglais. Elle sera suivie par toute une série d’autres conflits impliquant parfois d’autres puissances européennes et, à la fin le Japon. Chaque conflit se termina par un traité désavantageux pour la Chine et la cession de comptoirs ou territoires (Hong-Kong, Changhaï, l’Indochine, la province de l’Amour, etc.).

– 1898, tandis que les Russes s’installent à Port-Arthur et en Manchourie, les Japonais annexent la Corée et Formose.

– 1905, guerre russo-japonaise. Les Russes sont battus sur mer à Tshoushima, sur terre à Port-Arthur et en Mandchourie.

– 1911, la révolution éclate en Chine avec à sa tête, Sun Yat-Sen. La république est proclamée, mais elle se disloque rapidement. La Mongolie fait sécession, les généraux,  » seigneurs de la guerre « , se conduisent dans leurs provinces comme des chefs indépendants.

– 1917, c’est la révolution d’Octobre. L’empire russe se décompose.

7000 Américains et 80 000 Japonais débarquent à Vladivostok pour contrôler le Transsibérien. Les Chinois se réinstallent en Mongolie. Une république d’Extrême-Orient se forme. De 1917 à 1922, la guerre civile fait rage entre les armées blanches de l’Ataman Simonov et la NRA (Narodno Revolioutsionnaia Armiia) qui repoussera les Blancs en Mandchourie. Cependant un lieutenant de l’Ataman, le baron Ungarn Sternberg, continue la lutte avec sa division cosaque et des mongols blancs (10 000 hommes, 37 mitrailleuses, 20 canons), bouscule les Rouges et gouverne la Mongolie de mai à juin 1921. Appelés par le pseudo gouvernement révolutionnaire de Soukhe Bator, l’armée rouge et la NRA, fortes de 25 000 hommes, 20 canons et 2 trains blindés, conquièrent le pays après deux mois de dures batailles (juillet-août 1921). Livré par trahison, Ungarn est fusillé en septembre.

La Mongolie vas désormais rester dans l’orbite soviétique (république populaire en 1926, traité d’alliance en 1936).

– de 1926 à 1937 , Tchang Kaï-Check et le Kuomintang reconstruisent l’armée Chinoise avec l’aide de conseillers soviétiques (maréchal Blücher). Tchang entreprend la reconquête de la Chine en éliminant les  » seigneurs de la guerre « , mais il ne parvient pas à éliminer les communistes de Mao Tsè-Tung, dont une petite partie échappe à l’encerclement (la Longue marche, 1934-1935).

– 1931-1939, l’armée Japonaise du Kwantoung, en fait autonome, installe son protectorat en Mandchourie et crée l’empire du Mandchoukouo en 1931 avec l’ancien empereur détrôné de Chine Pu Yi.

En 1937, forçant la main du gouvernement de Tokyo, l’armée du Kwantoung envahi la Chine. La guerre va durer jusqu’en 1945.

A partir de 1938, les incidents se multiplient sur la frontière avec l’URSS (victoire du maréchal Blücher au lac Khassan en 1938, il n’en sera pas moins fusillé peu après).

Les intentions des Japonais

Dans la zone des futurs combats, la frontière entre Mandchoukouo et Mongolie était parallèle à la rivière Khalkin Gol, à une distance de 15 à 20 km à l’est.

Les Japonais veulent :

– dans un premier temps, fixer la frontière sur la rivière ;

– pour dans un deuxième temps, la fortifier et, selon Joukov, installer une voie ferrée ;

– ultérieurement, pousser en Mongolie pour y installer un protectorat.

Ils veulent profiter de l’affaiblissement de l’armée rouge consécutif aux purges et à la nécessité, pour les Russes, de maintenir le gros de leurs forces sur la frontière européenne.

Le prétexte est un banal accrochage de frontière au cours duquel seraient détruites les forces locales.

Le lieu du conflit

En 1939, le Mandchoukouo a une superficie de près de 1 200 000 km², il est peuplé de 35 millions d’habitants. C’est un pays fertile, industrialisé, au riche sous-sol.

La Mongolie extérieure a une superficie de 1 520 000 km², avec 550 000 habitants. C’est une région steppique et pastorale.

L’action se passe à la frontière nord-ouest du Mandchoukouo qui s’enfonce en coin entre la Mongolie et l’URSS sur des plateaux semi-désertiques de 600 à 800 m d’altitude. Ils sont bordés, à l’est, par la chaîne du Grand Khingan qui les sépare de la riche plaine centrale, à 700 km à l’ouest de Kharbin (Haerbin), longitude 118e est, latitude 42e nord.

La zone des combats forme un quadrilatère de 40 km de côté, divisé en deux par la rivière Khalkin Gol qui le traverse du sud-est au nord-ouest et qui reçoit, à l’est un affluent, le Holsten. La Khalkin Gol est une rivière de 150 m de largeur et 2 m de profondeur. Ses rives sont marécageuses. Elle est traversée par quatre ponts.

A l’ouest de cette rivière s’élève un plateau assez abrupt qui domine la région s’élevant sur deux terrains plus élevés (Hara et Komatsu avec le mont Bain Tsagan).

A l’est coule la rivière Holsten (ou Khöilastyn Gol) qui sépare une zone nord avec des sables et des collines basses, Fui et Barek, d’une zone sud avec de grands espaces de sables et les monts Noro

Le village de Nomon Han est situé sur la Holsten à 12 km du confluent. Le terrain est favorable aux soviéto-Mongols qui dominent du haut des plateaux.

La population très éparpillé, est plutôt favorable aux Mongols – pour le renseignement.

L’infrastructure est maigre, mais avantage les Japonais. Le Transmandchourien passe à Haïlar, à une centaine de kilomètres au Nord. Cette ville servira de base de ravitaillement pour les Japonais. Quant aux Rouges, leurs bases sont à 650 km, dans la région du lac Baïkal.

Les forces en présences

Les forces soviéto-mongoles

Satellite soviétique, l’armée mongole avait la même organisation, les mêmes armes et uniformes que la RKKA (armée rouge)

Les insignes étaient une variation du modèle russe.

Ces troupes formaient le 27e corps spécial puis le 1er groupe d’armée.

1° Commandement

Au début du conflit, Kombor Feklenko

Début juin Komandarm (général d’armée ou de corps d’armée ?) Joukov, l’un des quinze survivants des 85 commandants d’armée ou de corps d’armée après les grands procès staliniens.

2° Organisation

– La division d’infanterie s’articule en 3 régiments d’infanterie, 1 régiment d’artillerie à 2 groupes dont 1 lourd, 1 batterie de DCA, 1 bataillon blindé.

En tout – quand le matériel et l’effectif sont là… – 14 500 hommes, 47 canons de 76 mm , 40 canons de 122 et 152 mm, 54 canons de 45 mm antichar, 20 à 40 chars, 300 chevaux.

– Le régiment d’infanterie de 2900 hommes est articulé en 3 bataillons à 140 armes automatiques, 12 canons dont 6 de 45 mm.

– La division de cavalerie a 2 brigades de 2 régiments de cavalerie (4 régiments de cavalerie en tout), 2 bataillons de fusiliers portés moto, 1 régiment d’artillerie, 1 bataillon blindé ou mécanisé.

– Le régiment de cavalerie a 5 escadrons, 1 escadron de mitrailleuses, 1 batterie de 76 mm.

– La brigade blindée a 4 bataillons de 54 chars (BT ou T26), 6 automoteurs de 76 mm, 1 bataillon d’infanterie portée sur caions (quand il y en a !), 1 bataillon de reconnaissance.

En tout environ 250 chars

3° Emploi

Toukhatcheski avait formé de grandes unités blindées devant être employées en masse en liaison avec des parachutages massifs. Après son exécution et au vu des résultats de l’expérience espagnole (bataille de Brunete), les blindés agiront par petites unités en liaison avec l’infanterie.

4° Matériel

– fusil Mossine 7,62 mod. 91, 91-30 et 38 ; FM Degzarev ; mitrailleuse Maxim mod. 1910 ; mortiers de 82 mm

– Artillerie antichar : le remarquable 45 mm mod. 37 perforant 50 mm à 500 m, extrapolation du Rheinmetal, le plus puissant antichar en service dans le monde à l’époque.

– Les canons étaient ceux de 1914-1918, souvent perfectionnés dans les années 30 : nouveaux affûts, portée améliorée. Ce sont : des canons de 76 mm mod. 02, 02-30, 33 et 36 ; obusiers de 122 mm mod. 10/30, 09-37 et surtout 38 ; canons de 122 mm mod. 31 et 31-37 ; obusiers de 152 mm mod. 09-30, M10-30, M34, M38 ; canons M34 et 37.

L’URSS avait une énorme quantité de chars. Trois types ont été utilisés en Mandchoukouo :

– T37  » tankette  » amphibie ; 3,2 t ; blindage 4 à 9 mm ; 35 km/h ; 1 mitrailleuse

– T26 léger, dérivé du Vickers  » 6 t  » ; 9,2 t ; 29 km/h ; blindage 15 mm ; 1 canon de 45 mm L46 (c’est le canon antichar) ; 1 mitrailleuse.

– BT10 moyen (perfectionnement des BT5 et 7), dérivé du Christie ; il pouvait se mouvoir sur roues ou chenilles ; 14 t ; 70 et 45 km/h ; blindage maximal 22 mm ; 1 canon de 45 mm L46 ; 1 mitrailleuse.

– BA10 automitrailleuse ; 5,2 t ; 55 km/h ; 1 canon de 45 mm ; 1 mitrailleuse ; même tourelle que le T26.

Tous ces chars sont remarquables par la puissance de leur canon de 45 mm qu’aucun char étranger en service (sauf le SOMUA) ne pouvait égaler, et de loin,. Leur blindage était celui des chars de l’époque (sauf les chars français) : trop faible

5° Uniforme

Comme il a été dit plus haut, les Mongols ne se différenciaient des Soviétiques que par le dessin des insignes et la couleur des pattes.

Les forces japonaises et du Mandchoukouo

Satellites du Japon, les forces mandchoues avaient la même organisation, les mêmes armements et uniformes

à quelques détails près que les Japonais.

Les forces impliquées

La XXIIIe division d’infanterie renforcée puis le 6e corps d’armée dépendant de l’armée du Kwantoung.

Organisation

Elle est très variable suivant les circonstances et les possibilités.

– La division d’infanterie : il y en avait quatre types suivant les renforcements. Le modèle habituel comporte 3 régiments d’infanterie, 1 régiment de cavalerie, 1 régiment d’artillerie avec 36 canons de 75 mm, 1 régiment de génie.

– Le régiment d’infanterie standard est à 3 bataillons et des appuis, soit 2000 fusils, 130 armes automatiques; 2 canons de 20 mm et 6 de 37 mm antichar, 6 de 70 mm et 4 de 75 mm.

– Le régiment d’artillerie à 3 groupes de 3 batteries, soit 36 pièces (75 et 105 mm).

– Le régiment de chars dispose de 50 à 90 chars en 4 compagnies (de 2 HA GO type 95 et 10 CHI RO type 89 ou 97).

Matériel

– Fusil Arisaka mod. 38 modifié 44 et 95 au calibre 6,5 mm dotant l’infanterie ; fusil-mitrailleur modèle 11, dérivé du Hotchkiss à l’alimentation compliquée (introduction de chargeurs de fusil de 5 cartouches dans un boîtier latéral, problèmes de lubrification), et modèle 96 dérivé du ZB tchèque ; mitrailleuses de système Hotchkiss modèle 3 calibre 6,5 mm, et 92 calibre 7,7 mm ainsi que modèle 33 de 13,2 mm. Les mortiers sont des 50 mm mod. 38, 70 mm mod. 22 et 81 mm mod.99.

– Les armes antichar sont : un fusil de 20 mm automatique M97 et le canon de 37 mm mod. 94 ou 97 sous licence Rheinmetal qui perce 32 mm à 500 m.

– L’artillerie comporte des obusiers de 70 mm très légers et polyvalents mod. 92 ; des canons de montagne d’accompagnement de 75 mm mod. 92 ; des canons de campagne dérivés des modèles Krupp rustiques 75 mm mod. 38 et 38 améliorés; 95 et 96; des obusiers de 105 mod.91.

Dans l’ensemble, les canons japonais étaient plus légers et portaient plus loin que leurs contemporains mais étaient plus fragiles.

La DCA utilisait un 75 modèle 88 dérivé d’un Vickers.

– Les chars d’assaut avaient pâti de la faiblesse relative de l’industrie et n’étaient pas nombreux. Deux types principaux ont été utilisés :

– T95 HA GO de 7,5 t ; 45 km/h ; blindage de 12 mm ; 1 canon de 37 mm mod. 94 perforant 34 mm à 500 m.

– 89B CHI RO de 11,5 t ; 27 km/h ; 1 canon de 57 mm L 18,5 mod. 90 à faible vitesse initiale (400 m/s) et 2 mitrailleuses; ce fut le premier char à être équipé d’un moteur Diesel.

– 97 CHI HA de 15 t, qui fit son apparition à la fin du conflit ; vitesse 40 km/h ; blindage 25 mm ; 1 canon de 57 mm et 2 mitrailleuses (ce canon sera ultérieurement remplacé par un 47 mm).

Uniformes

Comme il a déjà été dit, les différences entre Japonais et Mandchous étaient la couleur des attentes d’épaule et l’insigne de coiffure.

L’aviation

Avec la guerre d’Espagne, ce conflit fut l’occasion des plus importants affrontements dans l’air de l’entre-deux-guerres.

L’aviation soviétique

Elle est alors l’une des plus importantes du monde, tant par le nombre que par la qualité.

Elle va engager dans ce conflit :

o Le biplan I 15 (et la version I 153) le plus rapide des biplans avec 1 moteur de 1100 CV; sa vitesse est de 430 km/h, armé de 4 mitrailleuses ; il transporte 150 kg de bombes.

o Le I 16, premier chasseur à train rétractable. La dernière version, qui rétablit partiellement une situation compromise, avait un moteur de 1000 CV, sa vitesse était de 520 km/h (480 km/h dans les versions précédentes) ; il avait 2 canons de 20 mm et 2 mitrailleuses (au lieu de 4 mitrailleuses) ; il pouvait transporter 100 kg de bombes et 2 roquettes RS 82 (innovation).

o Le bombardier léger SB2 : plus rapide que beaucoup de chasseurs, il était équipé de 2 moteurs de 880 CV, sa vitesse atteignait 420 km/h, et, armé de 4 mitrailleuses, il pouvait transporter 600 kg de bombes.

o Le quadrimoteur lourd Tupolev ANT 6 ou TB 3 : il était équipé de 4 moteurs de 950 CV et volait à 250-290 km/h ; il était armé de 5 paires de mitrailleuses et pouvait transporter 2,5 à 6 tonnes de bombes.

Tous ces appareils étaient armés de la mitrailleuse SHKAS de 7,62 mm, modèle 33 ou 35 ou 36. Sa cadence de tir de 1800 coups par minute éclipsait toutes ses rivales. Le canon de 20 mm était du modèle SHVAK.

L’aviation japonaise

Ce fut la révélation de ce conflit, mais elle passa inaperçue des Occidentaux à ce moment, d’où leur surprise en 1941.

Il y avait deux aviations indépendantes, l’une pour la Marine, l’autre pour l’armée, ce qui entraînait des complications de fabrication et de logistique, chaque arme ayant ses modèles propres. Les Japonais privilégiaient la chasse et l’action contre la chasse adverse.

o Le chasseur principal était le monoplan Nakajima KI 27 (NATE) à train d’atterrissage fixe ; il était équipé d’un moteur de 710 CV, volait à 460 km/h et était armé de 2 mitrailleuses. D’une impressionnante maniabilité, il fit des ravages.

Les Japonais utilisèrent aussi quelques vieux KI 10.

o En reconnaissance, le rapide monomoteur KI 15, 450 km/h, 1 mitrailleuse.

o Le bombardier monomoteur Mitsubishi KI 30 ANN, vitesse 430 km/h, armement : 2 mitrailleuses ; il pouvait emporter 400 kg de bombes.

o Le bombardier bimoteur Mitsubishi KI 21 SALLY, 2 moteurs de 850 CV, vitesse 430 km/h à long rayon d’action de 2700 km ; armé de 3 à 5 mitrailleuses, il pouvait transporter 1 t de bombes.

Les mitrailleuses étaient des copies des Vickers de 7,7 mm, la cadence de tir était de 450 coups par minute pour le type 89, 1000 coups par minute pour le type 97.

Dans toute l’aviation, l’accent était mis sur la légèreté, la maniabilité et le rayon d’action (compte tenu de l’étendue des théâtres d’opération).

Balance des potentiels

Elle ne peut être qu’approximative, étant donné l’imprécision et la variation selon les sources.

Les chiffres les plus détaillés sont ceux du maréchal Joukov et de l’encyclopédie soviétique.

Quantitativement

– Début mai, les Soviétiques ont une division d’infanterie, une brigade blindée et trois régiments aériens (150 avions). Les Japonais n’ont que 50 chasseurs.

– Attaque japonaise de juillet

– Les Japonais disposent de 38 000 hommes, d’après Joukov; XXIIIe division d’infanterie renforcée: 12 bataillons, 2 régiments de cavalerie ; 310 canons, 135 chars (plausible) et 130 avions, 225 selon Joukov.

– L’armée rouge, selon Joukov, avait 12 500 hommes, ce qui paraît très faible compte tenu des formations, peut-être en première ligne. 3 divisions d’infanterie, 1 division de cavalerie mongole, 109 canons, 4 brigades blindées ou motorisées plus 1 bataillon indépendant(186 chars plus 266 auto-mitrailleuses), 82 avions (?).

o Attaque de l’armée rouge en août. Là aussi, les données sont imprécises.

– Les Japonais opposent 75000 hommes (?), 25 bataillons d’infanterie, 17 escadrons de cavalerie, 120 à 180 blindés, 335 canons et mortiers, 300 puis 160 avions.

– L’armée rouge dispose de 57 000 hommes (?), 35 bataillons, 20 escadrons de cavalerie, 850 blindés dont 550 chars, 550 canons et mortiers, 500 avions.

En août, les données sont assez claires. Le rapport URSS/Japon était le suivant : bataillon d’infanterie: 1,5/1; escadron de cavalerie: 1/1 ; blindés : 3,5/1 ; artillerie : 2/1 ; aviation : 1,6/1.

Les aviations étaient apparemment équilibrées, mais l’arme blindée soviétique était plus nombreuse.

Qualitativement

A la supériorité soviétique numérique matérielle s’ajoutait une supériorité qualitative : meilleur armement d’infanterie d’un calibre supérieur; artillerie lourde qui manquait aux Japonais ; écrasante supériorité des chars, notamment grâce au canon de 45 mm. Le 57 court japonais valable contre des fantassins n’avait pas de pouvoir perforant.

Les avions japonais, beaucoup plus maniables, n’étaient pas blindés, étaient plus lents (ils rattrapaient peu ou prou les I 16), moins biens armés (2 mitrailleuses à faible cadence contre 4 à cadence rapide ou des canons). La supériorité des pilotes japonais leur permit toutefois une victoire relative.

Joukov n’avait pas, et de loin, son équivalent du côté japonais.

Des deux côtés, les cadres et la doctrine étaient très rigides.

L’armée rouge avait été affaiblie par l’épuration et les commissaires politiques étaient présents à tous les échelons. La cavalerie mongole se révéla très vulnérable aux bombardements et la 82e DI eut des défaillances.

Enfin, les distances avantageaient les Japonais pour la logistique.

Les opérations

Elles se déroulent en trois temps.

L’accrochage et les premiers combats

Du 11 au 30 mai 1939, tout commence par un banal accrochage entre des patrouilles de cavaliers mongols et mandchous avec des incursions de part et d’autre de la frontière.

Le général japonais, commandant la XXIIIe DI veut en finir par une attaque surprise. Un bataillon renforcé de blindés pénètre, suivant un axe nord-est/sud-ouest, dans la zone du Khalkin Gol confluent avec le Holsten.

Mais, faute de reconnaissance préalable, les Japonais tombent sur une force blindée supérieure ; ils perdent la moitié de leurs effectifs et se retirent.

Le 2 juin, le maréchal Vorochilov charge le commandant de corps d’armée Joukov d’inspecter les lieux.

Le 5 juin, arrivé sur les lieux, il ne peut que constater l’impréparation totale et le désordre qui règne au 37e corps spécial. Il réclame des renforts : 3 DI, 1 brigade blindée, des canons et des avions. Il prend le commandement.

La première offensive japonaise de juillet

Du 22 juin au 1er juillet, intense activité aérienne mettant parfois aux prises plus de 100 avions.

Le plan japonais

1er temps : encercler l’ennemi en franchissant le fleuve au nord, conquérir les hauteurs à l’ouest et couper ses arrières.

2e temps : foncer à l’intérieur de la Mongolie.

4 régiments d’infanterie, 2 régiments de cavalerie japonais vont affronter 1 régiment renforcé de fusiliers motorisés (le 24e), la 6e division de cavalerie mongole, 2 brigades blindées (n° 11) ou motorisées (n° 7), 1 bataillon motorisé mongol et une importante artillerie, notamment lourde.

Dans la nuit du 1er au 2 juillet, les Japonais franchissent le fleuve par surprise, chassent la 6e division de cavalerie mongole et occupent le mont stratégique Bain Tsagane.

Le lendemain, les Russes partis inspecter les Mongols réalisent avec étonnement la nouvelle situation.

Le 3 juillet, Joukov déclenche la contre-attaque, profitant de sa supériorité en blindés avec appui massif de l’aviation et de l’artillerie.

Le 5 juillet, après de durs combats et la destruction des ponts, la résistance japonaise est brisée.

Les pertes sont difficiles à établir, mais semblent lourdes : 120 blindés russes, par action des canons anti-chars et des cocktails Molotov.

Les Russes revendiquent 45 avions abattus et des milliers de morts.

La contre-attaque de Joukov

o Le 12 août

Un régiment d’infanterie japonais défait le 22e régiment de cavalerie mongole et améliore les positions japonaises au sud du Holsten.

Joukov décide d’en finir et de détruire ce qui est devenu la 6e armée japonaise. Il prévoit une manœuvre d’encerclement par les deux ailes et une poussée centrale. A cet effet, il répartit ses forces en trois groupes :

– au nord, la 6e division de cavalerie mongole, le 601e régiment d’infanterie, les 7e et 11e brigades motorisées et blindées, le 82e régiment d’artillerie ;

– au centre, la 82e division d’infanterie et la 36e DFM renforcées ;

– au sud, où sera fait l’effort principal, la 57e division d’infanterie, la 8e division de cavalerie mongole, les 8e, 6e et 11e brigades motorisées et blindées, le 185e régiment d’artillerie;

– la réserve, la 212e brigade aéroportée, les 6e et 9e brigades blindées et motorisées.

o Le 20 août

– à 6 h 45 : 150 TB3 et SB2, appuyés par 100 I 16, attaquent ;

– à 8 h 45 : l’artillerie ouvre le feu ;

– à 9 h : les forces terrestres attaquent à leur tour.

Au centre, zone de confluent, après une progression, l’avance est arrêtée.

Au nord, l’avance est ralentie sur la colline Fuji, aménagée par les Japonais. L’aile nord, qui est alors renforcée par la brigade aéroportée, contourne l’obstacle et se dirige sur Nomon Han.

Au sud, la progression se fait bien jusqu’aux grands sables. Joukov envoie toutes ses réserves et peut, par un mouvement tournant, atteindre ultérieurement Nomon Han.

o Le 24 août : échec d’une contre-attaque nipponne.

o Le 26 août : l’encerclement est terminé et les Japonais sont attaqués à revers.

o Le 31 août : fin de la résistance.

o Le 15 septembre : la situation internationale a changé.

La guerre a éclaté en Pologne, le pacte Hitler-Staline permet à l’URSS de transporter ses forces à l’Est. Aussi, contre la volonté du commandement local, Tokyo signe l’armistice avec retour au statu quo.

Conclusion

Ce conflit, court et violent, se termine par l’écrasement des Japonais qui, d’après les Russes, ont perdu 61 000 hommes, tous leurs chars et 320 avions. Les vainqueurs n’auraient perdu que 19 000 hommes et 200 avions – les Japonais en revendiquent 1 200. Ces chiffres sont exagérés, mais les pertes aériennes soviétiques semblent avoir été deux ou trois fois supérieures à celles des Japonais.

o Les causes de la défaite japonaise appellent peu de commentaires.

Toutes les fautes ont été commises : surestimation d’eux-mêmes, et mépris de l’adversaire ; absence de recherche de renseignements ; tactique simpliste d’offensive frontale à outrance et mauvaise coordination des armes ; rigidité du commandement; attaque malgré la disproportion des forces et l’insuffisance qualitative du matériel.

De plus, Joukov, avec Koniev, est le meilleur chef soviétique.

o Les conséquences furent importantes.

Les Japonais ont cherché à améliorer leur matériel, dans la mesure où leur industrie le permettait : passage au calibre 7,7 pour l’infanterie ; remplacement du canon de 57 mm des chars par le 47 L54 type 1 qui perçait 50 à 60 mm à 500 m; nécessité d’avions mieux armés et mieux blindés – ce sera le KI 43 – malgré les réticences des pilotes.

Mais les principales conséquences furent stratégiques : arrêtée vers l’ouest, l’expansion se fera, comme le voulait la Marine, vers le Pacifique sud et le Sud-Ouest asiatique.

Deux autres points sont à noter :

– la révélation de Joukov,

– l’aveuglement anglo-américain et leur mépris pour l’aviation japonaise, notamment…

Je remercie le vice-président Meyniel pour ses renseignements sur les chars, mes amis Alexieff, pour sa traduction du russe des mémoires de Joukov et ses commentaires, le docteur Landry et M. Steff, pour la partie uniformes.

SOURCES

– En français : Mandchourie oubliée ; La dernière guerre ; Les forces Armées ; Atlas ; Avions de combats, Elsevier.

– En russe : Mémoires de Joukov ; Encyclopédie militaire soviétique et Grande Encyclopédie soviétique.

– En anglais : Japanese Army, Roy Diller, éditions Altmark; chez Osprey: Armour of Pacific War, Chinese Civil War, Soviet Army. World Encyclopedia of Tanks, C. Chant PSL. Army Badges and Insigna WW2, Rossignoli, Blandford.

– En allemand : Taschenbuch der Artillerie, Kosar. Handbuch der Uniformkunde (Knottel Sieg).

– Documentation personnelle.