La SABRETACHE

SOCIETE D'ETUDES D'HISTOIRE MILITAIRE

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Un régiment noir sous le premier Empire

Par le Commandant CARLES (extrait du Carnet n° 434). En 1944, lorsque les tirailleurs noirs de la 1ère Division de la France Libre foulaient les quais de Naples ou les pentes rocheuses du Garigliano, songeaient-ils que, moins de cent cinquante ans plus tôt, des soldats de leur race déjà avaient vécu, combattu, peiné et sans doute ri dans ces mêmes lieux ? Des soldats noirs que l’on appela successivement les Hommes de couleur, les Pionniers noirs. Royal Africain et, dans le peuple napolitain, I Mori. Ils servirent pendant sept ans en Italie et leurs derniers débris se montrèrent jusqu’au fond de la Prusse dans les murs de Dantzig. Leurs aventures semblent avoir généralement échappé même aux historiens des troupes coloniales, et pourtant elles ne sont pas indignes d’être contées. Lorsque après la Paix d’Amiens Bonaparte eût entrepris de mettre sérieusement de l’ordre dans le pays, l’Armée, qui en avait grand besoin, n’échappa pas à la reprise en main. Après avoir rappelé ou précisé les règlements généraux, le Premier Consul eût à régler le sort des corps un peu particuliers, ceux que l’on appelait alors les Corps hors-ligne. Les diverses inspections passées pour y voir clair dans les effectifs et l’administration, où le Directoire avait laissé s’installer une grande… disons confusion, firent ressortir qu’un assez grand nombre de Noirs existaient en France à la charge des départements de la Guerre et de la Marine. Ces Noirs se répartissaient au printemps de 1802 en trois groupes : – d’abord ceux qui, individuellement, avaient été recrutés par les régiments en service outre-mer, – ensuite ceux qui formaient des unités entièrement noires, – enfin ceux qui étaient détenus ou assignés à résidence pour des raisons politiques. – Le premier groupe comprenait le plus souvent des tambours ou des musiciens (dont la peau noire était censée rehausser le pittoresque des têtes de colonne) et plus rarement des soldats du rang; leur statut était celui des autres tambours, musiciens ou soldats de la République. – Dans le second groupe on ne pouvait guère ranger, en Métropole que le  » Bataillon des Cipayes  » ou de Chasseurs africains alors en formation aux environs de Brest pour l’expédition de l’Isle de France; bien entendu il y avait dans nos possessions coloniales des unités noires qui sortent du sujet de cet article. – Le troisième groupe était semble-t-il, numériquement le plus important. Il comprenait surtout des anciens partisans de Toussaint Louverture, des révoltés d’Haïti que le général Leclerc venait de réduire et dont il avait envoyé en France les éléments les plus turbulents pour ramener le calme dans l’île. S’y ajoutaient à l’occasion quelques échappés des Antilles ou des possessions de l’Océan Indien, des matelots déserteurs ou d’anciens domestiques réduits à la misère. Ces Noirs-là, selon le risque qu’on les soupçonnait de représenter pour l’ordre public, étaient confinés dans des forteresses, assignés à résidence dans les municipalités ou...

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Les Troupes Coloniales dans la conquête et la pacification du maroc

Extrait du Carnet n° 117 Dès 1908, les tirailleurs sénégalais arrivent au Maroc : ce sont deux bataillons qui entrent dans la composition d’un corps de débarquement de 14000 hommes. Ils participent dans le corps du général d’Amade aux premières opérations du Tadla et en Chaouïa ; c’est le 2e BTS du commandant Aubert qui occupe Kasbah-Tadla ; le 23 juin 1908, il s’engage, à Sidi-Salah, contre 5 000 guerriers qu’il refoule. Néanmoins, le haut commandement se montre réticent à l’emploi des Africains au Maroc et seul le 2e BTS est, pour le moment, maintenu sur ce théâtre d’opérations. Cependant, les besoins en effectifs s’accroissant, on constitue une brigade mixte coloniale sous les ordres du général Ditte ; elle comprend les 1er et 2e régiments coloniaux de marche (colonels Gouraud et Comte), le régiment de tirailleurs sénégalais de marche (RTSM du lieutenant-colonel Mazillier, composé du 2e, 3e et 4e BTS), six sections de mitrailleuses et quatre batteries d’artillerie colo niale. Cette brigade prend une large part aux opérations de dégagement de Fez. Elle participe également aux combats de Mechra-Bou-Derra, le 22 mai 1911, de N’Zala-Sidi-Amar, les 24 et 25, le tout sur un terrain difficile et dans des conditions climatiques très éprouvantes. Le 21 mai Fez est enfin délivrée. Puis les colonnes Gouraud, Ditte et Mazillier écrasent, en juin 1911, les bandes de Chérif-Moulay-Zim et s’emparent de Meknès le 8 juin. C’est encore le lieutenant-colonel Mazillier qui dégage une nouvelle fois, le 17 avril 1912, Fez investie par les tribus berbères révoltées. Puis, de son côté, le colonel Gouraud bat les Berbères à Hajra-Kohila, sauvant Fez une fois encore. Ainsi, la situation dans le sud-marocain, à la fin de l’été 1912, s’est sensiblement améliorée. L’action se reportant vers le sud, c’est au colonel Mangin que l’on confie la mission de dégager Marrakech, avec une colonne de 4000 hommes, face à El-Hiba qui s’est proclamé sultan. Après le dur combat de Sidi-Bou-Othmane, le 6 septembre, où le succès est total, Mangin s’empare de Marrakech par un raid audacieux ; pour se donner de l’air, il lance en novembre 1912 des reconnaissances offensives vers l’est et le nord-est. Le 15, le 6e BTS obtient un beau succès en s’emparant du massif de Tasserimont, puis marchant sur Demnat, bat l’ennemi à Sidi-Driss, le 23 novembre, et le 25, sur l’oued Mahcer, pour finalement enlever le ksar de Djemaa-Entifa le 27. En 1913, campagne contre les Zaïans et occupation de Khenifra en juin, par trois colonnes convergentes. Au Tadla, le colonel Mangin, avec deux colonnes, prend l’offensive contre les Zaïans et les défait à Botmat-Aïssaoua, le 26 mars. Toute l’année, de violents combats opposent coloniaux et guerriers berbères. L’ensemble de ces opérations, très dures et coûteuses, a pour effet de délivrer les tribus du Tadla de l’emprise des montagnards Chleuhs et Zaïans. A la fin de 1913, après l’envoi de nouveaux renforts, il...

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