La SABRETACHE

SOCIETE D'ETUDES D'HISTOIRE MILITAIRE

Association reconnue d'utilité publique

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Manière de faire le biscuit en 1750

Proposé par le général (CR) Michel Hanotaux (extrait du Carnet n° 144).  » On le fait avec du froment pur sans mélange ; il faut le choisir avec précaution ; avoir attention qu’il soit sec, clair, bien criblé, entier, qu’il n’ait ni piqûres de vers, ni de mouches, et qu’il soit coulant à peu près comme de la graine de lin. Le sac de froment doit peser deux cent deux livres poids de marc, la toile comprise ; on en tire cent soixante livres de fine farine, et quarante tant de grosse farine que de son. Cette préparation faite, la première farine se transporte aux fours où on la laisse refroidir au moins vingt-quatre heures, avant que de l’employer. On garnit ensuite chaque paîtrin d’un sac et demi, y compris le levain qui doit toujours être vieux de cinq à six heures, et l’un et l’autre se mêlent avec le moins d’eau qu’il est possible. Le premier paîtrissage, qui se nomme frazer en terme de métier, se fait avec les bras ; un des trois paîtrisseurs qu’il faut pour cette manœuvre monte ensuite dans le paîtrin pour y paîtrir avec les pieds, et pour avoir plus de force, il se tient à une corde pendue au-dessus de lui ; les deux autres coupent la pâte qui s’éloigne des pieds de celui qui la foule, et la lui rejettent continuellement jusqu’à la fin de cette manœuvre. La pâte étant prête à être tournée et assez ferme pour ne plus s’attacher à la main en la mettant dans le paîtrin, un boulanger la coupe en morceaux et la jette à un autre qui lui donne, en la roulant, une forme ronde et plate ; celui qui l’a coupée doit ensuite la piquer avec une espèce de palette armée de pointes de fer qui la perce tout en travers ; cette pâte qui pour lors forme un biscuit, se met au four sans précipitation, et on laisse entre chaque morceau un intervalle assez grand pour qu’ils ne se touchent point. Le biscuit est cinq à six quarts d’heure à cuire ; le four doit être chauffé modérément et conduit de façon que la chaleur de sa bouche soit égale à celle de son fond. La bonne cuisson du biscuit dépend toujours de l’habileté du brigadier qui est boulanger, et qui chauffe le four. Le biscuit ne doit jamais en être retiré qu’après avoir essayé qu’il est bien cuit ; la façon de le connoître est d’en sortir un du four et en frapper du tranchant sur la pelle ; cette secousse le fait séparer en deux croûtes égales qui sont aussi sèches et aussi ressuyées au-dedans qu’au-dehors, et tant que cette séparation ne se fait pas aisément on doit le laisser au four à moins que la grande chaleur ne l’aît surpris, pour lors la fournée est gâtée. Le biscuit hors du...

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Un corps scientifique attaché à l’Armée d’orient

La commission des Sciences et des Arts et l’Institut d’Egypte par le Commissaire Général (C.R.) R. STIOT (extrait du Carnet n° 38) LA COMMISSION DES SCIENCES ET DES ARTS Le Général Bonaparte avait décidé d’adjoindre à son Armée d’Angleterre (1) un important corps scientifique chargé des découvertes et des études sur les particularités que l’Egypte ne pouvait manquer de présenter aux Français. Pour constituer ce corps, le gouvernement fit appel au volontariat parmi tous les grands établissements de l’Etat (2), l’Ecole Polytechnique notamment (3), et les savants et artistes en renom et le 26 ventôse an VI (16 mars 1798) un arrêté du Directoire Exécutif prescrivit au ministre de l’Intérieur de mettre à la disposition du général en chef Bonaparte les ingénieurs, savants et artistes qui constituèrent la Commission des Sciences et des Arts ainsi créée. Le général Caffarelli du Falga, qui appartenait au génie, avait été désigné pour prendre le commandement de la Commission des Sciences et des Arts et chargé de provoquer, examiner et sélectionner les demandes. Au fur et à mesure de leur enrôlement les membres de la Commission étaient répartis en classes correspondant à leur spécialité et aux services que le général en chef attendait d’eux. La Commission des Sciences et des Arts ne comptait pas moins de 187 membres, tant civils que militaires ; mais 20 d’entre eux ne partirent pas et leur nombre fut de 167 (4) ainsi réparti : – 21 mathématiciens – 3 astronomes – 15 naturalistes et ingénieurs des mines – 17 ingénieurs civils – 15 géographes – 4 architectes – 3 élèves ingénieurs constructeurs – 8 dessinateurs – 1 sculpteur – 10 artistes-mécaniciens – 3 poudres et salpêtres – 10 hommes de lettres et secrétaires – 15 consuls et interprètes – 9 officiers de santé – 9 lazarets – 22 imprimeurs – 2 artistes musiciens. Deux membres se séparèrent de l’expédition à Malte (5) et la Commission qui fonctionnera en Egypte comprendra 165 savants, artistes et techniciens. Un ordre de Caffarelli, rendu à l’instigation de Bonaparte, avait divisé les membres de la Commission des Sciences et des Arts d’après leur situation en France en cinq classes comportant chacune un traitement différent et une assimilation déterminée à un grade de la hiérarchie militaire ; ceux qui étaient inscrits dans la première classe étaient assimilés à des officiers supérieurs. Le général en chef avait espéré prévenir par cette mesure toute contestation entre civils et militaires au sujet de la préséance et de l’installation à bord des vaisseaux de l’expédition et éviter toute prévention et défiance à l’égard de ces  » intrus en habit carré et chapeau haut « . Le contact entre les civils, jusqu’alors réunis en groupe homogène, et les militaires au milieu desquels ils allaient vivre fut néanmoins assez rude et l’élément civil fut quelque peu meurtri ; mais l’antipathie des militaires désarma peu à peu devant l’attitude de certains...

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Une lettre du maréchal Bosquet

SUR LA PREMIÈRE EXPÉDITION DE CONSTANTINE La lettre qu’on va lire a été écrite par le maréchal Bosquet, alors capitaine. Elle est adressée à M. A. de Saint-George, capitaine d’artillerie, attaché aux Forges de la Nièvre, à Nevers. Ecrivant à un camarade avec lequel il était très lié, Bosquet ne ménage pas ses expressions et est plutôt dur pour le haut commandement. Sa lettre reflète évidemment l’opinion de l’armée d’Afrique et ce jugement a d’ailleurs été ratifié par l’histoire. Mon cher Saint-George, Je n’ai pas fait l’expédition de Constantine et ne puis conséquemment vous raconter des choses que j’aurais vues (pendant Constantine, je guerroyais ici avec 4 pièces. J’ai toujours du guignon); mais je viens de passer cinq ou six jours avec des gens quorum pars magna………blessés ou gelés – Rivet, Bertrand (mon sous-verge), le capitaine Odiot et d’autres. Or donc il faut regarder le rapport du maréchal (Clauzel), publié dans le  » Moniteur « , comme un résumé assez exact mais très pâle. Voici des détails très vrais : Avec les moyens que le maréchal pouvaient rassembler à Bône, il était absurde d’entreprendre l’expédition, et ceci est prouvé par une foule de raisons. Les seuls renseignements favorables étaient fournis par Youssouf ; tous autres recueillis dans la Régence dépeignaient le pays tel qu’il est, Constantine comme une place très forte, ayant du canon, et sans aucun doute des gens déterminés à s’y défendre. L’administration n’avait que quelques maigres attelages (encore une partie errait en mer et sont arrivés après l’affaire), les provisions manquaient d’ailleurs, du riz, peu de biscuit et il fallait calculer sur les bœufs qu’on achèterait en route. Le Génie n’a pas reçu ses chevaux et se plaignait du manque de moyens de transport même en calculant sur les chevaux qui n’ont touché à Bône que dans les premiers de décembre. C’était à Bône le moment des fièvres et les troupes les gobaient en plein air le long des ruisseaux infects qui entourent la ville. Enfin, pour transporter la réserve de pièces de montagne, il a fallu avoir recours aux mulets arabes Imaginez la jouissance pour charger et décharger avec de pareils bâts les vivres par-dessus. Le maréchal s’est mis en route néanmoins ». On racontait sur la foi de Youssouf, que les Turcs n’attendaient que notre avant-garde pour se déclarer et ouvrir leurs portes ; des réserves de cartouches étaient inutiles! Le long du chemin, en effet, pas un coup de fusil, si ce n’est aux approches de Constantine ; mais beaucoup moins de troupeaux et de curieux qu’on ne le dit : il est même des expéditionnaires qui n’ont rien vu du tout. Le terrain dans les derniers jours n’était qu’une immense étendue de boue gluante, le convoi arrivait à 9 heures au bivouac ! heureuse l’escorte ! Le 21, jour de l’arrivée devant Constantine, des voitures de l’administration, escortées par le 62e, furent abandonnées dans...

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Rabelais stratégiste

MÉMOIRE DU COLONEL Édouard DE LA BARRE-DUPARCQ (extrait du Carnet n° 215/1910) En compulsant les papiers du colonel du génie de La Barre-Duparcq (1) qui fut un fécond historien et un érudit, nous avons eu la bonne chance de mettre la main sur un curieux manuscrit intitulé : Rabelais stratégiste. Si les œuvres de Rabelais furent étudiées et commentées à divers points de vue, elles ne l’ont pas encore été, d’une façon complète, au point de vue militaire. Les études si vastes et si approfondies du génial Tourangeau, lui permirent de posséder une connaissance réelle des procédés militaires employés par les anciens et par les capitaines de son époque. Dans son prologue du Tiers livre des faits et dits héroïques du bon Pantagruel (2) remarquons le passage suivant, qui prouve qu’il se faisait une haute idée de l’art de la guerre :  » Le roi saige et pacifie Salomon, n’a sceu mieux nous représenter la perfection indicible de la sapience divine, que la comparant à l’ordonnance d’une armée en campagne bien équipée et ordonnée.  » Quoique l’étude de l’art de combattre au seizième siècle, sorte un peu du cadre que s’est tracé la Sabretache, nous espérons faire plaisir à nos collègues  » très illustres  » et à nos lecteurs  » très précieux  » en leur donnant, à titre de curiosité, cette étude du colonel de La Barre-Duparcq, dans laquelle il a su faire ressortir que Rabelais eut la compréhension des vrais principes de la guerre, en écrivant les péripéties de la lutte entre les Grandgousiens commandés par Gargantua et les Picrocholiens dirigés par leur roi Picrochole. Commandant E. MARTIN. INTRODUCTION Comme tous ses contemporains et l’un des premiers, Rabelais a traité l’invention de l’artillerie de suggestion diabolique (II. 8) (3), ce qui semble indiquer son regret pour les lourdes armures et les armes de main gigantesques, dont ses deux héros, Gargantua et Pantagruel, jouent avec tant d’aisance (4). On pourrait, par des remarques semblables, rassembler les traits de son opinion sur la guerre, mais nous préférons procéder autrement et examiner comment il s’entend à conduire la guerre, s’il le fait en chef d’armée, s’il possède un esprit stratégique : tout le reste, c’est-à-dire les quelques détails militaires épars en ses œuvres viendront se grouper autour de ce point de vue capital. Ce que nous possédons, pour nous livrer à cette appréciation, est bien peu de chose, car, dans le livre de Gargantua, il ne figure en réalité qu’une seule opération. Essayons néanmoins d’en dégager la vérité, en y découvrant le fil d’Ariane ordinairement caché dans les discours de l’auteur sous une pluie de plaisanteries. Préparatifs de guerre Au préalable, les deux adversaires, Grandgousier principalement, ont exercé leurs combattants à la gymnastique et à la voltige : sous ce rapport, Gymnaste est un type (I, 34) dont les exploits à cheval frappent l’imagination de l’ennemi. Les chefs militaires de Rabelais...

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A propos des timbaliers d’Etranger-Cavalerie

Extrait du bulletin n° 6 – 1963 de la S.C.F.H. Les escadrons du 1er R.E.C. ont été successivement constitués à Saïda en 1920, par le 2e Etranger qui se considère à juste titre comme le père du régiment. De son côté le 1er R.E.C. n’a pas oublié cette origine puisqu’il a adopté et conservé pour lui, en signe de gratitude, le refrain du 2e R.E.I. dont les notes étaient heureusement accessibles au clairon aussi bien qu’à la trompette. C’est pourtant à Sousse, en Tunisie, où les escadrons avaient été transportés que le 1er R.E.C. fut créé officiellement en 1921. Il recueillit de droit d’héritage des escadrons du Régiment Etranger de la campagne du Mexique, mais il ne tarda pas à se découvrir un ancêtre, au moins moralement, d’une ancienneté plus vénérable, le  » ROYAL ETRANGER CAVALERIE « , levé en 1635, que le Service Historique de l’Armée, généalogiste officiel des Corps, assigne comme origine au 7e Cuirassiers. Entre 1931 et 1934, le 1er R .E.C. en vint à se considérer comme le dépositaire des traditions de tous les Régiments Etrangers de Cavalerie au service de la France, et plus particulièrement des Corps de l’ancienne monarchie. Cette filiation et cette participation aux fastes de l’Ancien Régime ont été proclamés de diverses façons par le 1er R.E.C. de l’époque : le certificat de bonne conduite, les cartes de  » Christmas  » d’après une composition de Benigni, furent ornés des silhouettes de : Royal Etranger Cavalerie – Royal Allemand – Volontaires de Saxe – Hussards de Bercheny – Lanciers Polonais – Légion Portugaise, ainsi que de celles d’Escadrons du Régiment Etranger du Mexique et des tenues modernes du Corps. Un magnifique timbalier surtout prit place à la tête de la fanfare et fut le hérault d' » Etranger-Cavalerie « , arborant sur sa poitrine et sur le tablier de ses timbales le soleil royal et la devise  » Nec Pluribus Impar « . Ce timbalier apparut la première fois au carrousel organisé par le R.E.C. le 30 mai 1937 à Sousse, pour la fête de Camerone, avec la participation d’un escadron de Lanciers. Selon les traditions de l’Ancien Régime, Billy Pesa était un noir, beau soldat titulaire de la croix de guerre des T.O.E. avec une palme et deux étoiles, de la médaille coloniale avec agrafes  » Maroc  » et  » Sahara « , et chevalier du Ouissam Alaouite. Il monta d’abord un cheval blanc mais sa monture, si l’on en croit de vieux souvenirs, se serait blessée au cours d’une prise d’armes vers 1938. Impropre au service, elle fut remplacée par un cheval gris pommelé pendant quelques mois, mais Billy Pesa prit sa retraite et confia ses timbales à un successeur de race blanche, qui lui, monta un cheval noir. Cette nouvelle équipe entra en fonction le 14 juillet 1938 et les exerça jusqu’à la guerre qui devait entraîner entre autres douloureuses conséquences,, la suppression des...

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