La SABRETACHE

SOCIETE D'ETUDES D'HISTOIRE MILITAIRE

Association reconnue d'utilité publique

Rechercher dans les archives de La Sabretache

La guerre de Course entre 1791 et 1815 : une entreprise commerciale codifiée et règlementée

Sophie Muffat (membre de La Sabretache). L’image de la guerre de course a souvent été idéalisée et romancée, par la littérature et le cinéma. Le corsaire lui-même est devenu un stéréotype figé, très éloigné de ce qu’il est réellement et la guerre de course, un genre « d’idéal de vie » où les corsaires sont forcément des héros, pas toujours désintéressés. C’est oublier un peu vite que le monde corsaire est la face légale de la piraterie, où l’argent est à la fois le principe de départ, le moyen et la fin, et où les implications politiques réelles dépendent le plus souvent de conséquences économiques générées par les prises. Il semble indispensable, dès à présent, de rappeler succinctement ce que sont les corsaires, la guerre de course, et même les pirates, auxquels les corsaires sont étroitement apparentés. Une même motivation les anime, les méthodes sont identiques… Mais l’un a le droit, l’autre non. Le pirate agit pour son propre compte. L’étymologie même du mot, en grec, lui donne son identité et sa raison d’être : le « peiratès » tente fortune. Le corsaire agit sur lettre de marque. Il est, dès le départ, reconnu comme une force militaire auxiliaire légitime, qui prendra, au fur et à mesure, de plus en plus d’importance. Il agit au service de son pays, bien que certains corsaires peu scrupuleux se servent de l’impunité conférée par la lettre de marque pour effectivement exercer la piraterie. Ce mot de « corsaire » désigne aussi, par synecdoque, le navire dont l’équipage pratique la guerre de course. Cette lettre de marque fait la différence entre le pirate et le corsaire. C’est le document officiel autorisant le corsaire à courir contre tout ennemi déclaré du souverain qui la signe, et exclusivement ses ennemis. Il respecte généralement les neutres, et obligatoirement les navires du pays qui l’emploie. S’il manque à cette règle absolue, il devient un pirate et sera traité comme tel s’il est vaincu en combat. En cas de défaite, cependant, le corsaire détenteur de la lettre de marque est traité comme un combattant régulier. La guerre de course a dès le départ été une affaire d’argent liée à l’activité économique du pays. Suite à la découverte des routes maritimes par les grands navigateurs, le commerce maritime a commencé à se développer, et les Etats ont tenté de gagner la suprématie commerciale. La guerre de course, c’est une opération de guerre contre le commerce maritime de l’ennemi. Cette guerre commerciale est toutefois dépendante de la situation politique du pays, le fait qu’il soit ou non en guerre a une grande influence pour déterminer l’ennemi du moment… Par ailleurs, les corsaires particuliers, navires comme équipages, peuvent être réquisitionnés pour le service de l’Etat. La guerre de course, entreprise commerciale : elle a ses actionnaires, ses investisseurs, ses chefs d’entreprise, ses employés… ses bénéfices, salaires, produits à vendre. Le navire...

Lire plus

Us et Coutumes des marins : cérémonial à bord

Amiral (2S) J. Kessler (extrait du Carnet n° 134). Si, à terre, les marins se conforment, comme leurs camarades des autres armées, aux prescriptions du sacro-saint  » service de garnison  » et autres  » TTA 104 « , ils appliquent, à bord, les dispositions du décret du 30 juin 1975, signé du président de la République, sur le  » Cérémonial dans les Forces maritimes et à bord des bâtiments de la Marine nationale « . Sa date, relativement récente, ne doit pas laisser penser que les marins, parfois suspectés d’être jaloux de leur spécificité, se sont fabriqué un texte sur mesure. En effet, ce décret, dont les dispositions sont, en pratique, déjà toutes contenues dans  » l’ordonnance de Louis XIV pour les Armées navales et arcenaux de la Marine  » de 1689, n’est que la dernière des adaptations successives rendues nécessaires par les changements de régimes et l’évolution technique des bâtiments de guerre : ordonnance du 31 octobre 1827, décrets du 15 août 1851, du 20 mai 1868, du 20 mai 1885, du 22 juin 1909 et du 18 février 1928. Ce décret de 1975 – communément appelé décret sur les honneurs – est complété par une instruction d’application de l’état-major de la Marine (1) qui définit les modalités pratiques d’exécution et, dans le souci de s’en tenir strictement à ce qui est réellement traditionnel, fixe très précisément les limites de ce cérémonial :  » Tout honneur et toute cérémonie non prévus dans le présent cérémonial ne sont pas réglementaires; ils ne peuvent tirer leur existence que d’une tradition locale et folklorique et ne sont donc susceptibles de se produire qu’en privé, s’ils doivent se produire.  » Ce cérémonial relève soit de  » l’étiquette navale « , c’est-à-dire qu’il est appliqué, à des nuances près, par toutes les marines du monde, soit de coutumes purement nationales, ou encore de l’adaptation à la Marine de règles de symbolique applicables à l’ensemble des armées françaises. Ce sont ces points un peu insolites de la vie maritime, sans doute assez mal connus puisque se déroulant le plus souvent loin du grand public, que nous allons passer en revue, du plus usité au plus solennel. Les honneurs au sifflet Le plus courant, et le plus connu, des éléments du cérémonial maritime est, sans conteste, l’usage du sifflet de manœuvre pour rendre les honneurs. Ce sifflet, en usage dans toutes les marines du monde, est composé d’une sorte de chalumeau dont l’extrémité débouche sur une sphère creuse. Le son qu’il émet, très strident, modulé selon que la main qui le tient est ouverte ou fermée, est perceptible de très loin et pénètre dans toutes les parties du bâtiment malgré les bruits de l’environnement marin. Apanage du maître de manœuvre, il servait autrefois, dans la Marine à voile, à traduire les ordres du commandant ou de l’officier de quart, à partir d’un  » solfège  » composé de trois...

Lire plus