La SABRETACHE

SOCIETE D'ETUDES D'HISTOIRE MILITAIRE

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Rabelais stratégiste

MÉMOIRE DU COLONEL Édouard DE LA BARRE-DUPARCQ (extrait du Carnet n° 215/1910) En compulsant les papiers du colonel du génie de La Barre-Duparcq (1) qui fut un fécond historien et un érudit, nous avons eu la bonne chance de mettre la main sur un curieux manuscrit intitulé : Rabelais stratégiste. Si les œuvres de Rabelais furent étudiées et commentées à divers points de vue, elles ne l’ont pas encore été, d’une façon complète, au point de vue militaire. Les études si vastes et si approfondies du génial Tourangeau, lui permirent de posséder une connaissance réelle des procédés militaires employés par les anciens et par les capitaines de son époque. Dans son prologue du Tiers livre des faits et dits héroïques du bon Pantagruel (2) remarquons le passage suivant, qui prouve qu’il se faisait une haute idée de l’art de la guerre :  » Le roi saige et pacifie Salomon, n’a sceu mieux nous représenter la perfection indicible de la sapience divine, que la comparant à l’ordonnance d’une armée en campagne bien équipée et ordonnée.  » Quoique l’étude de l’art de combattre au seizième siècle, sorte un peu du cadre que s’est tracé la Sabretache, nous espérons faire plaisir à nos collègues  » très illustres  » et à nos lecteurs  » très précieux  » en leur donnant, à titre de curiosité, cette étude du colonel de La Barre-Duparcq, dans laquelle il a su faire ressortir que Rabelais eut la compréhension des vrais principes de la guerre, en écrivant les péripéties de la lutte entre les Grandgousiens commandés par Gargantua et les Picrocholiens dirigés par leur roi Picrochole. Commandant E. MARTIN. INTRODUCTION Comme tous ses contemporains et l’un des premiers, Rabelais a traité l’invention de l’artillerie de suggestion diabolique (II. 8) (3), ce qui semble indiquer son regret pour les lourdes armures et les armes de main gigantesques, dont ses deux héros, Gargantua et Pantagruel, jouent avec tant d’aisance (4). On pourrait, par des remarques semblables, rassembler les traits de son opinion sur la guerre, mais nous préférons procéder autrement et examiner comment il s’entend à conduire la guerre, s’il le fait en chef d’armée, s’il possède un esprit stratégique : tout le reste, c’est-à-dire les quelques détails militaires épars en ses œuvres viendront se grouper autour de ce point de vue capital. Ce que nous possédons, pour nous livrer à cette appréciation, est bien peu de chose, car, dans le livre de Gargantua, il ne figure en réalité qu’une seule opération. Essayons néanmoins d’en dégager la vérité, en y découvrant le fil d’Ariane ordinairement caché dans les discours de l’auteur sous une pluie de plaisanteries. Préparatifs de guerre Au préalable, les deux adversaires, Grandgousier principalement, ont exercé leurs combattants à la gymnastique et à la voltige : sous ce rapport, Gymnaste est un type (I, 34) dont les exploits à cheval frappent l’imagination de l’ennemi. Les chefs militaires de Rabelais...

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