La SABRETACHE

SOCIETE D'ETUDES D'HISTOIRE MILITAIRE

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Les chasseurs d’Afrique au Mexique

Par le colonel P. GUINARD (extrait du Carnet n° 25). Automne 1861, Espagne, France, Grande-Bretagne viennent de décider d’intervenir au Mexique, en principe pour sauvegarder les vies et les intérêts de leurs nationaux dans ce pays troublé par de longues années de luttes intestines (Convention de Londres, 31 octobre 1861). Pour NAPOLÉON III le but, inavoué, de l’entreprise est en réalité d’instaurer là-bas un pouvoir fort, de préférence monarchique, capable de faire barrage à la pénétration yankee en Amérique Latine. Qu’à-t-il dit à ce sujet au contre-amiral JURIEN DE LA GRAVIERE, chef désigné des forces françaises destinées à l’opération, convoqué à Compiègne où la cour se trouve encore ? En tous cas, ils ont traité de l’organisation des troupes à mettre à terre, comme en témoigne cette copie de lettre de l’Empereur au ministre de la marine (1), document qu’il faut connaître, car il constitue, en quelque sorte, l’acte de naissance de la cavalerie du corps expéditionnaire :  » Compiègne, le 4 novembre 1861. Mon cher Monsieur CHASSELOUP Je viens de voir l’amiral, et après avoir causé avec lu, voici ce que j’ai décidé et pour ne pas multiplier les lettres, je vous prie de communiquer la mienne au Maréchal, Ministre de la Guerre. Le corps expéditionnaire se composera ; – 1°) de 1 280 hommes d’infanterie de marine; 150 hommes d’artillerie de marine; 500 zouaves avec un chef de bataillon qui soit très capable et qui ait fait la guerre; 450 fusiliers de marine; 25 cavaliers à pied, mais emportant leur harnachement. – 2°) Equipement complet d’objets de campement pour 2405 hommes, tentes abri, bidons, capotes pour les marins. – 3°) Une section légère du train pour ambulance, réserve de cartouches et bagages. – 4°) Un second approvisionnement pour la batterie de 4 afin que chaque pièce ait au moins 400 coups à tirer. Cet approvisionnement serait dans des coffres et pourrait être porté sur des mulets. – 5°) Les 25 cavaliers devant servir d’escorte à l’amiral prendraient leurs chevaux à La Havane, l’artillerie achèterait également ses chevaux et mulets au même endroit, mais elle emporterait ses harnais De cette manière le petit corps expéditionnaire serait bien organisé. Les zouaves, bien commandés, donneraient du ton et de l’expérience à l’infanterie de marine ; et avec les 5000 espagnols on pourrait aller droit à Mexico. Comme je ne voudrais pas retarder l’expédition, l’amiral pourra prendre les zouaves en passant par Alger et le reste du matériel irait rejoindre l’amiral, sur un nouveau transport. Il faut que le rendez-vous général soit à La Havane. Veuillez donner des ordres en conséquence et croyez en ma sincère amitié. Signé : NAPOLEON P.S. – Un officier d’Etat-major serait aussi nécessaire . DUPIN ou LATOUR DU PIN, qui revient de Chine, a demandé à faire partie de l’expédition, mais j’ignore s’il est capable. Il va sans dire que vous donnerez l’ordre à l’expédition de...

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Les Chars de combat 1917-1918

Par René LESUEUR (extrait du Carnet n° 87). L’article documenté de notre confrère René Lesueur illustrera très opportunément les souvenirs du général Hallier : le dépouillement du dessin industriel traduit bien le caractère technique de cette nouvelle armes dès ses débuts, et l’on comprend mieux en les examinant l’origine du surnom de tank, c’est-à-dire réservoir, donné par les Britanniques à ces premiers engins. Bernard Sevestre Cette petite étude a été écrite en pensant à vous tous, mes camarades des bataillons de chars, qui sous la veste de cuir dans une nuit blême, à côté des chars encore silencieux, attendaient l’ordre devant décider de notre sort, avec la naissance du jour.  » En char, moteur en route !  » Pour le moment ils attendent calmement, ces chars, portant au flanc, pour cette compagnie, le nom d’un oiseau de proie, le Grand Duc, l’Aiglon, le Vampire, le Condor, l’Épervier…, ces noms de rapaces qu’une marraine leur donna un jour de fête. C’était la paix, et maintenant nous sommes en guerre. En face, dans le brouillard roulant ses voiles sales, nous guette l’ennemi avec ses canons antichars, l’avion, la mine sournoise et les petits-fils d’Elfriede (1) que l’on dit redoutables pour notre matériel. Cependant il faudra faire bonne figure car les yeux des équipages seront fixés sur vous  » qui savez  » au moment du départ pour l’inconnu. Dans l’attente l’esprit s’égare en un rêve éveillé, et il semble que le brouillard s’anime d’images imprécises et de bruits curieux. Ce n’est pas l’ennemi qui se manifeste, mais ce sont les  » Grands Anciens  » qui dans une chevauchée d’épopée se dessinent sur l’écran du brouillard comme pour nous dire :  » Nous sommes avec vous, bon courage les « Gars des Chars ».  » De tous temps, les hommes en guerre ont rêvé de moyens leur permettant de pénétrer dans les lignes ennemies, en réduisant les risques et en augmentant l’efficacité des armes, d’où l’idée du char, et également de la cuirasse. L’origine du char est très ancienne ; ainsi dans la Bible, le Livre des Juges en fait état. Les Israélites ayant fait ce qui est mal aux yeux de Yahvé, il les livra à Yabin, roi de Canaan, qui régnait à Hacor, ville au N.-O. de Jérusalem. Le chef de son armée était Siséra qui habitait une ville au N.-0. de la plaine de Yizréel devant le mont Thabor. Alors les Israélites poussèrent des gémissements vers Yahvé car Yabin avait neuf cents chars de fer. Mais la prophétesse Débora dit à Baraq qu’il marchait sous la protection de Yahvé et qu’il devait prendre la tête de dix mille hommes armés. Quand Siséra attaqua le mont Thabor, il fut vaincu, toute son armée détruite et il s’enfuit à pied. Cette histoire se situe environ au XIIe siècle avant J.-C. Le char de guerre apparaît dans l’Histoire au quatrième millénaire avant J.-C. chez les...

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