La SABRETACHE

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L’épopée irlandaise

Evénements et époques

Résumé historique : contexte politique, religieux, démographique

Le service des Irlandais en France, au travers des siècles, fut essentiellement la conséquence de la relation plus étroite qui s’établit entre l’Irlande et l’Angleterre ou, plus tard, la Grande-Bretagne. Quoique l’Irlande ait été considérée, d’un point de vue légal, comme un royaume jumeau de celui de Grande-Bretagne, le pays fut plutôt traité comme une colonie, et il est sans doute juste de dire que le traitement réservé à l’Irlande fut bien pire que celui réservé par les Britanniques à leurs autres colonies.

La colonisation

La colonisation de l’Irlande par son voisin le plus proche fut une des causes majeures de l’exode des Irlandais vers la France, dès le début des hostilités entre les deux pays. La législation anti-catholique fit qu’il devint très difficile pour des Irlandais de servir dans l’armée britannique, de détenir une charge civile ou de posséder une terre, ce qui les excluait de presque toute sorte d’emploi.

De plus, les jeunes Irlandais, pour la majorité catholiques, qui souhaitaient s’engager dans une carrière militaire préférèrent émigrer en Espagne, en France ou en Autriche. Parfois, leur motivation était tout d’abord de lutter contre les Anglais/Britanniques, mais ce n’était pas toujours le cas puisque l’Autriche, au cours de la plupart des conflits, était l’alliée de la Grande-Bretagne. Par exemple, au cours de la bataille de Fontenoy, particulièrement célèbre, la Brigade irlandaise au service de la France se distingua, mais les Irlandais étaient aussi présents dans les rangs ennemis, au sein des armées britannique et autrichienne.

Les catholiques aisés et disposant d’une assez bonne éducation pouvaient s’engager comme cadets en France puis passer officiers après quelques années de service. D’autres, appartenant également à de grandes familles catholiques, pouvaient simplement s’engager en espérant s’élever. Les Irlandais d’extraction plus modeste étaient enrôlés comme simples soldats.

Les Irlandais et le mercenariat.

Bien sûr, les Irlandais étaient des mercenaires, employés par des armées étrangères pour augmenter leurs forces, et ces troupes provenant de différentes nations étrangères, souvent en compétition pour faire preuve de plus grandes qualités de valeur et d’héroïsme, rendaient de magnifiques services pour le plus grand bénéfice des Etats qui les employaient, réduisant d’autant les pertes au sein des contingents nationaux et faisant de la guerre et des ambitions la motivant un mal plus acceptable, quoique les unités mercenaires coutassent souvent plus cher à recruter et à entretenir, et fussent plus difficiles à gérer.

De Dunkerque à Belgrade et au-delà…

Il en résulta naturellement à long terme que des dizaines de milliers d’Irlandais moururent non seulement sur les champs de bataille étendus de Dunkerque à Belgarde, comme il est écrit dans la chanson, bien aussi bien au-delà, en des terres aussi éloignées que Saint-Domingue, Savannah, Yorktown ou Pondichéry. Ils perdirent la vie au cours de conflits qui n’avaient rien avoir avec l’indépendance de l’Irlande, simple pions dans n’importe quel jeu de puissances.

Déclin du recrutement.

Jusqu’en 1745, la France était autorisée à recruter discrètement en Irlande, mais lorsque les troupes de la Brigade irlandaise prirent part à la rébellion jacobite de cette année-là, cette source de recrutement s’arrêta puis on assista à un déclin général ; ceux qui souhaitaient toujours servir devraient désormais s’arranger pour gagner la France par leurs propres moyens.

Les recrutements furent bientôt réduits au minimum, et l’incorporation d’Irlandais au service de la France, en particulier de potentiels officiers, se trouva encore plus limitée à partir de 1773 et de l’édiction des Penal Laws (lois pénales) prises à l’encontre des Catholiques pour les discriminer ; en 1790, le registre des officiers d’au moins un des régiments de la Brigade irlandaise faisait remarquer que les sous-lieutenants étaient pour la plupart « étrangers ».

Nationalisme et républicanisme.

 Du point de vue du nationalisme irlandais, ou pour être plus précis du « républicanisme », force est de constater que les régiments de la Brigade irlandaise, ou tout du moins les officiers qui pour la majorité émigrèrent en 1791-1792 pour rejoindre les Princes Frères du Roi Louis XVI, se joignirent à la croisade contre-révolutionnaire. Hors des frontières du royaume, ils combattirent tout d’abord comme mercenaires au sein des forces coalisées, et finirent par rejoindre la Brigade catholique irlandaise au sein de l’armée britannique (1794-1797). Leur allégeance demeurait néanmoins au roi de France, pas à l’Irlande. Après le licenciement de cette dernière unité, nombre d’entre eux continuèrent à servir au sein des forces britanniques, certains participant même à la répression de la révolte irlandaise de 1798.

Héroïsme et mythologie.

 De tels sujets ont parfois été occultés par les historiens irlandais jusqu’à une époque récente, étant parfois difficilement conciliables avec la mythologie des Irlandais persécutés et incapables de lutter sur leur sol contre les Britanniques, mais fuyant en France pour y poursuivre la lutte et s’y distinguer par de hauts faits en faisant preuve d’un courage magnifique au service d’employeurs étrangers, pour lesquels ils versèrent leur sang héroïque. Les chantres du nationalisme irlandais et en fait l’histoire militaire irlandaise dans son ensemble, perpétuent ce mythe. On peut vraisemblablement affirmer que ce que la majorité des Irlandais ont appris de leur histoire, ils le doivent à des chansons populaires bien plus qu’à l’étude de celle-ci. La plupart des récits, quelle que soit leur forme, présentent l’histoire des Irlandais au service de la France de manière sentimentale et romantique. Nous nous efforcerons ici d’en rendre compte de façon plus réaliste.

En guise de conclusions…

Voici donc quelques-unes des motivations, parfois redondantes, à l’origine du service irlandais au sein des forces armées françaises ; elles ne sont pas nécessairement classées par ordre d’importance :

  1. La volonté de lutter contre l’ennemi juré de l’Irlande : l’Angleterre
  2. La nécessité de trouver un emploi
  3. L’ambition de mener une carrière militaire
  4. La soif d’aventure…

Nicholas Dunne-Lynch

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